Dictatures, régimes autocratiques et sociétés de plus en plus divisées, peut-on craindre pour la démocratie ?

Pierrot Economie, Politique & Social, Société Leave a Comment

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Le 6 Janvier 2021, le Capitole, symbole de la démocratie américaine, était pris d’assaut par des partisans d’un dirigeant qui, à minima, aura encouragé ses supporters aux actes séditionistes lors d’un discours pour le moins véhément. Pour rappel, quelques heures seulement avant les malencontreux événements, Trump déclarait : “Vous ne reprendrez jamais notre pays avec faiblesse. Vous devez faire preuve de force et vous devez être forts. Vous devez vous battre comme des diables. Si vous ne vous battez pas comme des diables, vous n’aurez plus de pays” ou encore “Nous allons marcher sur le capitole”


Un recul de l’indice démocratique à l’échelle mondiale


L’Amérique se pose aujourd’hui la question de la solidité de sa démocratie, renforcé par les débats soulevés sur le système des grands électeurs ou encore une constitution parfois mal adaptée à la notion de démocratie. La tentation est grande de limiter cela à un événement ponctuel manifesté dans le contexte explosif d’une transition rendue impossible entre le quasi-libertarien Trump et le président élu aux valeurs opposées. Cela serait à mon sens une erreur ! En effet, le mandat de Trump pourrait s’apparenter à un passage délié de continuité par rapport à son prédécesseur et son successeur, cependant les dérives totalitaires de Trump semblent s’inscrire dans un contexte global de durcissement des régimes.

En 2019, comme chaque année depuis 2006, The Economist a dévoilé son classement par indice de démocratie, sur 167 pays référencés, 75 seulement sont considérées comme des démocraties, ce qui constitue un net recul par rapport aux chiffres de 2006 comme vous pouvez le constater sur ces deux cartes ci-dessous..


Montée des extrêmes, bafouement des constitutions et des droits de l’Homme


Depuis 2006, on a pu observer de manière globale, une montée des extrêmes avec l’arrivée au pouvoir de nationalistes d’extrême droite en Pologne (Andrzej Duda), Hongrie (Viktor Orban), Autriche (Sebastian Kurz); d’extrême gauche au Venezuela (Nicolas Maduro) et Bolivie (Evo Morales).

Pour d’autres, des dirigeants de pays autoritaristes ont fait modifier la constitution pour garder le pouvoir en Chine par exemple (Xi Jinping, président depuis 2013, a modifié la constitution en 2018 pour pouvoir être réélu indéfiniment). En Russie, Vladimir Poutine, en place de 2000 à 2008 puis de 2012 à aujourd’hui, a fait voter une modification de la constitution en 2020 pour lui permettre d’effectuer deux mandats supplémentaires. Et pour finir, en Turquie, Recep Erdogan, président depuis 2014, met en place une réforme de la constitution en 2017 afin de limiter le pouvoir du parlement.

Des communautés entières se sont vues discriminées et les droits de l’Homme ont été bafoués dans de nombreux cas (Rohingyas en Birmanie, Ouighours en Chine…). 


Crise économique et sociétés divisées : un terreau favorable pour la montée des extrêmes


Les régimes totalitaires et autocratiques ne représentent cependant pas l’étendue du problème. En effet, on a pu observer depuis longtemps une corrélation entre crise économique et montée des extrêmes : le ralentissement du développement occidental, accéléré par la crise financière de 2008 et la crise économique globale, découlant de la crise sanitaire lié à la COVID.

Une société fragmentée par les nombreuses crises

À cette montée des extrêmes constatée en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et dans de nombreux autres pays, on peut ajouter l’observation de sociétés de plus en plus fragmentées. Ainsi, on voit bien que le dialogue n’existe presque plus entre l’Amérique de Trump et celle de Biden. Et malgré les efforts apparents d’axer son discours sur l’unification et le rapprochement entre ces deux Amériques, l’animosité des deux camps l’un pour l’autre ne semble pas reculer.   


Une démocratie pas encore perdue


Thucydide a affirmé dans l’antiquité que “l’histoire est un perpétuel recommencement”. L’évolution récente de la société de manière globale ne semble pas aller dans le sens de la démocratie et rappelle les heures les plus sombres du XXème siècle. Aucun pays, y compris le nôtre, ne peut aujourd’hui se prétendre à l’abri de dérives autocratiques et les événements récents des Etats-Unis sont venus nous en apporter une piqure de rappel.

L’union fait la force !

Les Américains utilisent souvent l’expression de “blessing in disguise (bénédiction déguisée)” pour parler de quelque chose qui, de prime abord, semble être uniquement néfaste mais qui peut finalement apporter des retombés positives. Espérons que ce qui s’est passé à Washington soit un “blessing in disguise” pour la perception et la défense de la démocratie.


En espérant que cette chronique vous a plu. N’hésitez pas à partager votre opinion sur un sujet politique et devenu important pour notre société de demain. On se retrouve dès samedi sur Luminews les amis !!

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