Dopage dans le sport : mieux comprendre ce fléau

Nathan Histoire du sport, Sciences, Sport Leave a Comment

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Le dopage est une pratique très controversée et étroitement associée au monde du sport depuis des décennies. On en entend beaucoup parler médiatiquement, que ce soit à travers de grands évènements sportifs comme le Tour de France en cyclisme ou les championnats du monde d’Athlétisme, là où les efforts sont considérables à l’obtention de la performance. Lorsqu’on l’évoque, c’est souvent pour pointer du doigt ces sportifs professionnels ou plutôt dirions-nous athlètes, qui cherchent à améliorer leurs performances sportives par l’injustice, la triche et le détournement de l’aspect fondamental d’une compétition, c’est-à-dire l’équité sportive.

Bien évidemment, l’utilisation de ces substances chimiques capables de booster sous différentes formes la compétitivité est indéfendable et témoigne d’actes à combattre. Cependant, il est intéressant de chercher à comprendre les raisons et les mécanismes de ces produits sur le corps humain et surtout ses effets pervers. Sensibiliser le grand public pour mieux le combattre est aussi un mode d’action pour y lutter, quand on sait qu’il n’est malheureusement pas réservé uniquement au sport professionnel et à ce microcosme en compétition, mais également au sport amateur (par exemple les salles de fitness).

Les méthodes sont nombreuses, les substances aussi et c’est pourquoi nous allons passer en revue les pratiques de ses utilisateurs ayant pour rôle bien précis d’augmenter artificiellement les performances pendant l’effort, mais aussi avant dans la préparation et après lors de la récupération.


Accroitre la masse musculaire, tout simplement


Un des principaux leviers utilisés par le passé et encore aujourd’hui repose tout simplement sur le développement de la masse musculaire en synthétisant des protéines afin d’augmenter les tissus cellulaires dans les muscles. C’est la fonction de ce qu’on appelle plus généralement les stéroïdes anabolisants, classe d’hormones liée à l’hormone naturelle : la testostérone. Une fois injectées dans le corps, ces substances vont avoir un rôle anabolisant en déclenchant une augmentation de la production de protéines permettant la croissance musculaire et diminuant la masse graisseuse (Nandrolone, Stanozol, Trenbolone pour en citer quelques-unes). Combiné à l’ingestion de protéines naturelles dans la viande ou d’autres aliments, mais aussi artificielles comme les compléments alimentaires, l’utilisation des stéroïdes va considérablement booster la performance mais aussi aider à récupérer plus facilement.

Ce cocktail va également faire reculer le seuil de la fatigue et stimuler la volonté, l’agressivité. Ils permettent aussi de guérir plus vite en cas de blessure musculaire, problème de tout compétiteur. La prise excessive de stéroïdes, notamment dans le sport amateur, peut exposer son utilisateur à des insuffisances cardiaques (liée à l’augmentation du muscle cardiaque entrainant une hypertrophie), d’hypertension artérielle ou de cancers (du foie notamment). Des troubles du comportement avec excès de crises et colères, d’agressivité peuvent aussi avoir des effets sur son utilisateur mais aussi son cercle social.

Le sprinter américain Justin Gatlin était un habitué de pratiques dopantes et des produits dérivés à la testostérone, dont il a été contrôlé positif en 2006 au Kansas Relays (compétition annuelle d’athlétisme)

Les stéroïdes sont principalement connus dans le contexte du sport de compétition, mais le marché des utilisateurs de ces substances est beaucoup plus étendu. Des jeunes et des adolescents consomment ces substances dans le but de développer leur musculation, pour améliorer leur aspect extérieur et pour améliorer leurs prouesses dans les sports de compétition et d’autres branches sportives. Aux États-Unis, environ deux tiers des utilisateurs de stéroïdes sont des culturistes non-compétitifs, ce qui est malheureusement assez impressionnant !

Parallèlement, l’utilisation d’hormones de croissance (somatotropine) est très répandue. Celles-ci, plus communément appelées GH (growth hormons) vont venir modifier la morphologie en favorisant la croissance et la reproduction des cellules, conduisant ainsi à la croissance du corps humain sans rétention d’eau dans les muscles par rapport aux stéroïdes anabolisants. Par exemple, beaucoup de jeunes sportifs en formation en ont abusé notamment pour des sports comme le basket ou le volley nécessitant plus de taille à la performance. Tout ceci dans le but d’adapter la morphologie en fonction de la discipline pratiquée. Les sportifs à l’âge adulte en utilisent aussi dans certains sports comme le cyclisme pour développer un meilleur rapport poids/puissance.


Le dopage sanguin, très pratiqué !


Une autre forme de dopage consiste à utiliser certaines techniques et/ou substances pour augmenter la quantité de globules rouges dans le sang, et donc à transporter davantage d’oxygène vers les muscles. Ces pratiques, par conséquent, vont augmenter l’endurance et la performance. Il existe 3 types de dopage sanguin dont la fameuse EPO (érythropoïétine), le transport d’oxygène synthétique et la transfusion sanguine. Dans tous les cas, une meilleure oxygénation est la priorité de son utilisation.

Attardons-nous d’abord sur le cas de l’EPO, bien connue pour ses scandales dans le sport professionnel, qui est à la base une hormone produite naturellement par le corps humain, secrétée par les reins et qui agit sur la moelle osseuse pour stimuler la production de globules rouges. L’usage de l’érythropoïétine offre pourtant des avantages thérapeutiques et est utilisé pour traiter certains problèmes d’anémies, mais son mésusage dans le sport le rend néfaste. En épaississant le sang, l’EPO peut engendrer des attaques cardiaques et des embolies cérébrales ou pulmonaires avec donc des risques mortels assez sérieux lors de prises importantes et répétées. Elle peut également provoquer des maladies auto-immunes. Sa détection lors de contrôles anti-dopage est possible depuis 2000 avec les JO de Sydney par simple test de dépistage urinaire et sanguin après validation du Comité International Olympique (CIO).

En tant que grand amateur de cyclisme, je ne peux m’empêcher d’évoquer le cas de Lance Armstrong sur le Tour de France pour évoquer le dopage à l’EPO. C’est le symbole d’un des plus gros scandales de triche avec le système de dopage le plus sophistiqué, professionnel et efficace de l’histoire du sport. Il a alimenté les plus gros mensonges pendant plus de dix ans, avant d’avouer en 2013 toutes ses pratiques dopantes. Parmi elles l’utilisation de l’érythropoïétine entre autres, mais aussi de cortisone, de testostérone, d’hormones de croissance et de transfusion sanguine.

Sacré cocktail non ?! Armstrong a par ailleurs affirmé qu’il était impossible de gagner 7 fois le Tour de France d’affilée sans se doper, avec pour reprendre ses mots « le tour est une épreuve d’endurance où l’oxygène est déterminant ». Certes, mais de là à en venir à de tels actes démontre à quel point sa personnalité de gagneur à tout prix à pris le dessus sur la performance sportive réelle. Quand tu tombes dedans depuis tes 21 ans, difficile d’en sortir ! Concernant l’EPO, c’était pour lui « un produit sûr, tant que vous l’utilisez avec parcimonie, en quantité limitée sous la surveillance d’un médecin professionnel ». Produit qu’il a utilisé dès le Tour 99 en plusieurs cures sur les étapes stratégiquement importantes.

Par ailleurs, il est aussi le symbole des effets nocifs que peut avoir le dopage sur la santé. Il évoque la possibilité que la prise d’hormones de croissance de sa part en 1996 ait pu avoir un impact sur son cancer des testicules diagnostiqué la même année, sans pour autant pouvoir l’affirmer et en être sûr.

Lance Armstrong, dopé du début à la fin
Lance Armstrong sur les pentes du Mont Ventoux lors de son 4è succès sur le tour de France 2002 (déchu depuis)

Les transporteurs d’oxygène synthétiques sont des substances chimiques ou des protéines capables de transporter l’oxygène, eh oui carrément ! Il s’agit d’hémoglobines modifiées (substituts de sang à base d’hémoglobine) ou de produits chimiques perfluorés.

Quant aux transfusions sanguines, le principe est simple et elles sont de 2 types : il peut s’agir d’une transfusion de globules rouges qu’on appellera autologue quand il s’agit de son propre sang conservé et réinjecté, ou homologue quand c’est celui d’une autre personne ayant le même groupe sanguin. Ces pratiques peuvent avoir des conséquences sanitaires semblables à celles citées précédemment, avec un risque supplémentaire en transfusion homologue de contamination virale d’une autre personne.

Ce dopage par transfusion date de plusieurs décennies mais il est fort probable qu’il ressurgisse fréquemment avec l’introduction de méthodes efficaces de détection de l’EPO. La détection des transfusions homologues a commencé lors des JO d’Athènes en 2004 avec la mise en place de test, mais les détections des transfusions autologues sont plus complexes et l’AMA (Agence Mondiale Anti-dopage) finance actuellement des projets de recherche pour en développer.


Les bronchodilatateurs face aux problèmes respiratoires


Un grand nombre de sportifs de haut niveau fait face à des troubles respiratoires comme l’asthme. Ainsi, ils peuvent avoir recourt à ce qu’on appelle des bronchodilatateurs (ou bêta-2 agonistes) : médicaments qui luttent contre la contraction anormale des bronches. Les substances utilisées les plus connues sont le formotérol, le salmétérol mais surtout le salbutamol, principe actif de la Ventoline. Celui-ci, comme les deux autres, est autorisé en compétition par l’AMA pour les sportifs asthmatiques mais avec des concentrations maximales bien définies lors des contrôles urinaires : 1000 ng/ml pour le salbutamol correspondant approximativement à 16 inhalations de Ventoline. Il est donc clair qu’au-delà de ce seuil, le salbutamol peut être considéré comme produit dopant par l’agence avec effet oxygénant et non comme produit à usage thérapeutique.

Ça été le cas du coureur cycliste Chris Froome, épinglé lors d’un contrôle anti-dopage jugé anormal sur la Vuelta 2017 révélant une concentration de 2000 ng/ml, donc au-dessus du seuil fixé. Cette affaire lui a attiré les foudres des suiveurs du cyclisme le qualifiant déjà d’un coureur aux performances douteuses. Il a fallu que le coureur démontre par une étude pharmacocinétique (qui étudie le devenir d’une substance dans l’organisme une fois administrée) que la présence élevée de Salbutamol ne résultait pas d’une prise excessive aux quantités autorisées. Et sur ce point, il a eu gain de cause et réussi à démontrer qu’un même individu peut présenter des variations significatives dans les résultats des tests en utilisant exactement la même quantité. Cela dépend de la corpulence du sportif et de sa capacité à métaboliser les produits.

Bêta-2 agonistes et sport
Les bêta-2 agonistes dont le salbutamol (Ventoline)

Cependant, je pense que cette affaire ne doit pas banaliser la prise de ces produits sous prétexte qu’ils soient autorisés sous certaines conditions, car une telle attitude exposerait davantage les sportifs au risque d’atteindre ce seuil de positivité. La proportion relativement élevée d’asthmatiques dans certains sports dont le cyclisme, le ski ou la natation nécessite d’encadrer son utilisation uniquement à des fins thérapeutiques. Ils sont bien évidemment totalement interdits lorsqu’ils ne sont pas pris par inhalation (par intraveineuse par exemple).


Stimuler, vaincre le stress et atténuer la fatigue


La performance sportive passe aussi par la capacité du corps humain (et en particulier du cerveau) à accroitre sa vigilance et sa concentration. La prise d’amphétamines offre un effet “coup de fouet” pour son utilisateur et va permettre de réduire considérablement la fatigue en agissant sur le système nerveux. Elles renforcent la confiance en soi à l’approche ou pendant la compétition. Les amphétamines sont les substances dopantes les plus utilisées par l’être humain dans l’histoire du dopage pour retarder la fatigue, même si actuellement en France on en trouve beaucoup plus dans l’espace festif comme dans les clubs et discothèques que dans l’espace sportif. Elles ont le même effet que la cocaïne, la caféine ou encore l’éphédrine (dont Diego Maradona était friand, testé positif et exclu lors de la coupe du monde 94 😉). Ces stimulants entrainent une forte consommation des troubles cardiovasculaires, psychiques (hallucinations, addiction, perte de mémoire) et physiques (tremblements, insomnies, agressivité, diminution de l’appétit).

Diego Maradona, lors de la coupe du monde 1994 aux Etats-Unis, n’ayant pu jouer que 2 matchs avant d’être contrôlé positif à l’éphédrine et exclu du tournoi

La prise de bêta-bloquants renforce aussi la concentration, mais ont un effet sur le rythme cardiaque qui, en le régulant, va atténuer la sensation de stress. Ces médicaments sont utilisés à des fins thérapeutiques pour traiter certaines maladies cardiaques comme l’hypertension artérielle. Les bêta-bloquants sont davantage employés dans les sports à risque ou d’adresse. Ils sont interdits en et hors compétition dans certaines disciplines même avec une autorisation à usage thérapeutique (AUT) comme dans le sport automobile, le golf, le tir à l’arc ou certaines épreuves de ski (saut à ski, saut freestyle/halfpipe…) par exemple.


Le dopage génétique, pas de la science-fiction !


Depuis le début les années 2000, une nouvelle forme de dopage représente une grande menace pour l’intégrité du sport : il s’agit du dopage génétique. Eh oui ça existe ! C’est une forme totalement différente du dopage classique que l’on connait par apport de substances, remplacées ici par la modification du matériel génétique (édition génique et transfert de gènes). Ce “nouveau matériel génétique” issu du transfert d’acides nucléiques aura un impact sur la croissance musculaire, la perte de graisses ou la production d’hormones correspondantes dans l’organisme. Le corps humain se transforme ainsi en une sorte “d’usine de dopage” et aurait la capacité à répondre aux exigences à la performance.


Masquer la conduite dopante : encore plus impropre


La prise de produits masquant appelés “agents masquant” s’est aussi développée chez certains professionnels en compétition. Il s’agit d’une pratique par laquelle ces substances, en association avec d’autres produits dopants non autorisés pris à de faibles doses, pourraient masquer la présence de ces derniers dans les analyses urinaires lors de contrôles anti-dopage, ce qui est bien sûr strictement interdit et peu moral ! Il peut s’agir de produits diurétiques qui vont favoriser la production d’urine ou de probénécides qui ont la capacité d’éliminer certaines substances.

C’est le cas par exemple lors d’une prise d’EPO combinée à l’utilisation de certains corticoïdes, anti-inflammatoires bien connus et interdits en compétition quand ils sont utilisés par voie générale. Ces derniers auraient la faculté d’agir comme agent masquant sur l’érythropoïétine, d’où aussi le fait que de nombreux scientifiques militent pour que les corticoïdes soient totalement interdits, même localement. L’agence mondiale anti-dopage, quant à elle, reste inflexible sur le sujet et autorise encore dans certains cas les corticoïdes quand le sportif a une AUT.


Combattre et sensibiliser


La lutte mondiale contre le dopage a réellement pris son essor depuis les scandales de dopage qui ont touché le cyclisme en 1998 avec l’affaire Festina et le Tour de France. Suite à ces évènements, le CIO (Comité International Olympique) a décidé de fonder une agence internationale indépendante dans le but de combattre la pratique dopante en vue des JO de 2000 à Sydney. C’est de là qu’a été créé l’Agence Mondiale Anti-dopage (AMA), véritable acteur de recherche et de lutte contre le dopage mondial. Son rôle est aussi d’informer et communiquer des risques. Chaque année, l’AMA définit une liste de substances et méthodes dopantes interdites mise à jour avec la recherche. Elle est transposée en droit français par un décret qui entre en vigueur au 1er janvier de chaque année et induit donc le respect de cette liste dans la conduite des compétitions avec contrôles anti-dopage.

Say no to doping !

A l’échelle nationale, c’est l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) qui exerce ses responsabilités dans plusieurs domaines complémentaires : l’analyse des prélèvements, le suivi des procédures disciplinaires, la délivrance des AUT, la recherche et la prévention. Elle peut organiser des contrôles lors de compétitions internationales en coordination avec les fédérations internationales compétentes ou l’AMA. L’AFLD voit son champ d’action de plus en plus s’élargir avec désormais la possibilité de procéder à des contrôles pour toute manifestation sportive donnant lieu à une remise de prix en argent ou en nature. La loi mise en place depuis 2016 permet donc à l’agence publique de s’attaquer à un champ plus large de sportifs n’appartenant à aucune fédération sportive.

La détection du dopage repose principalement sur 2 stratégies : une mesure directe par contrôle anti-dopage classique, mais aussi par mesure indirecte avec l’utilisation des données du passeport biologique de l’athlète. Le dépistage peut concerner tous les sportifs, licenciés ou non, en compétition et hors compétition. Celui-ci est réalisé par du personnel formé, assermenté et agrée (médecins, infirmiers…). Des lors que le sportif est au courant qu’il doit effectuer un contrôle, il dispose d’une heure pour se rendre à celui-ci et s’y soustraire par prélèvement urinaire (et/ou sanguin) analysé dans un laboratoire agrée. Bien évidemment, l’AFLD consacre la grande majorité de ses contrôles aux sportifs de haut niveau ou professionnels, dont deux tiers hors compétition.



En conclusion de cet article ayant pour but d’éclairer sur les différents types de dopage et ses conséquences dans le sport, il semble évident et utile de rappeler que le combat passera forcément par la sensibilisation du grand public sur ses effets et par la justice sportive en compétition vis-à-vis des autres. La stigmatisation de telle ou telle discipline vis-à-vis de pratiques à priori soumises au dopage de masse ne s’attaque pas aux problèmes et discrédite les sportifs réellement “propres”. C’est pourquoi le combat contre le dopage doit être élargi à tous, y compris au sport amateur.

Merci de nous avoir suivi dans la lecture de cet article, qui je l’espère vous plaira et vous aura fourni les informations nécessaires. N’hésitez pas à nous laissez un p’tit message dans l’espace commentaire prévu à cet effet, ça fait toujours plaisir ! Et surtout lâchez le pouce en l’air si vous avez aimé l’article ! On se retrouve pour de nouvelles chroniques sur Luminews.fr !!! A très bientôt et bonnes fêtes de Pâques à toutes et tous !!!!

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