Joker : Vaste blague ou tragi-comédie réussie ?

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“Avant, je me disais que ma vie était une tragédie. Je me rends compte que c’est une comédie”. Une réplique qui résume à elle seule le film “JOKER” de Todd Phillips sorti dans nos salles obscures en 2019. L’iconique méchant du justicier Batman fait son grand retour au cinéma après la performance de Heath Ledger (RIP 😢) dans Dark Night en 2008, et celle moins convaincante de Jared Leto dans Suicide Squad en 2016.

Sébastien Le Dude et Flo vous décryptent le film en plusieurs points, un film qui est complément déconnecté des films DC comics qu’on a l’habitude de voir (Justice League, Aquaman, Wonder Woman…).
Nous tenons à vous prévenir que cet article contient sa dose de spoilers. Donc si vous voulez garder l’élément de surprise, passez votre chemin et aller voir le film !


Joachin Phoenix, une prestation théâtrale !


Avant de commencer à rentrer dans le sujet, comment ne pas rendre hommage à l’énorme performance de Joachin Phoenix dans ce film ! Un rôle qui lui colle à la perfection. Une perte de poids drastique (plus de 20kg !), un peu de maquillage, et un rire satanique, et le voilà en JOKER ! 😁
Joachin est le Joker, mais le Joker est Joachim : une double connotation ici ! Car l’acteur le dit lui-même, il a pris un pied énorme à incarner ce personnage et s’est beaucoup documenté.

Joaquin Phoenix c’est quand même The Yards, Gladiateur, The Immigrant, Les Frères Sisters…, mais celle du Joker reste sa plus belle partition. Et pour couronner le tout, le voilà lauréat de l’Oscar du meilleur acteur en 2020 à 45 ans !! Enfin dirons-nous mais c’est amplement mérité.

Phoenix vs JOKER

L’acteur a bien été aidé par son réalisateur Todd Phillips qui lui a laissé beaucoup de libertés. Une façon de bien s’imprégner du personnage, qui se ressent dans le résultat final. Une écriture scénaristique très juste, où tout est pensé dans le moindre détail, et réalisé de main de maître.

Le Joker c’est avant tout une étude de personnage et une origine story d’un des plus célèbres méchants des comics books. Tout bon vilain doit avoir un bon background. Et c’est la force du film qui propose une écriture tout autre du personnage tout en gardant des éléments fondateurs du personnage.

Un Joker sans son rire, ce n’est pas un Joker. Mais dans ce film, le rire, qu’arrive à magnifiquement produire Phoenix, est traité comme une pathologie qui existe vraiment (appelé syndrome pseudo-bulbaire). Il ne peut pas s’en empêcher et le malaise se fait ressentir à chaque gloussement (surtout dans les moments qui ne sont pas drôles)… Une façon aussi de cacher son profond mal être qui le ronge de l’intérieur (on le voit notamment à travers son regard quand il rit, une dualité forte).

Compilation du rire du JOKER : un atout pour le film
Une violence poétique


Littéralement une ode à la violence, ce métrage présente un Joker comme un réel antagoniste (suivant son background). Non pas comme un anti-héros mais un héros anarchique. Sébastien Le Dude parle même de frontière entre “le bien et le mal”. Une personne brisée par son enfance douloureuse et incompris des autres. Il vit en marge de la société, rêvant d’une carrière humoristique, à l’instar de son présentateur fétiche Murray, qu’il suit à la télévision avec sa mère. Tout simplement de se faire voir.

Un spectacle théâtral du début à la fin, notamment à travers sa gestuelle et ses fameuses danses (comme le faisait Charlie Chaplin jadis), tel un danseur d’opéra. Sa façon à lui de s’exprimer et de voir la vie comme une “comédie”. On pourrait même parler de beauté violente.

Comme tout bon joker qui se respecte, il y a bien entendu des scènes horrifiques et de meurtres de sa part. Mais le réalisateur met plus en relief la violence psychique et intellectuelle que subit Arthur Fleck. Un personnage torturé, complètement décalé de la réalité (notamment lorsqu’il fait des blagues qui ne sont pas drôles devant tout le monde). Un malaise et une empathie est ainsi créée autour du personnage.

Tout se lit sur son visage. Le non-verbal est très important dans le film. Arthur est comme un clown triste : son maquillage en dit long, c’est un moyen de s’extérioriser et de trouver une façon de s’épanouir. Mais qui cache une tristesse intérieure sans nom. Il devient Arthur Fleck à travers le Joker, un personnage mépris de la société ! Ce n’est pas Arthur Fleck qui décide de devenir le Joker mais bien son environnement qui fait d’Arthur le Joker.


L’incarnation même de la folie


JOKER met un accent fort sur la folie du personnage. De comment est elle amenée, évolue et le moment où le personnage bascule vraiment dans cette psychose, comme le souligne très justement Sébastien Le Dude. C’est à dire, à quel stade on perçoit quelqu’un comme déséquilibré mentalement, sans même parler de comportement dangereux ou autres.
Mais l’événement déclencheur dans le film et signe de point de non retour, c’est bien sur la moquerie, en plein direct, de Murray Franklin. Ce présentateur de talk show était véritablement un symbole pour Arthur, sa dernière part d’humanité. On le voit à son visage, il se décompose, le sourire n’y ait plus, il a compris son destin. Le mal aimé a complètement viré dans la folie meurtrière.

Sébastien Le Dude évoque aussi le jeu d’éclairage qui nous permet de voir que le protagoniste ne va pas bien. Une scène qui le démontre parfaitement, c’est cette fameuse descente des escaliers (situé dans le quartier Highbridge du Bronx). On y voit Arthur descendre tout en dansant, le menant à devenir le JOKER, la personne qu’il a toujours rêvé d’être au fond de lui, et d’enfin rentrer dans la lumière.

Tout au long du film, on le voit gravir tout les soirs ces marches, de manière pénible, comme s’il cherchait difficilement à devenir ce quelqu’un, à s’élever aux yeux de tous, et échapper à l’enfer qu’il vit chaque jour (connotation avec le bas des escaliers). Cette scène met en valeur ce personnage qui est enfin heureux et en paix avec lui-même.

La mort de Penny : un moment clé dans le film

Cette colorimétrie justement est très bien utilisée dans le film afin de faire prendre conscience au spectateur de la naissance et l’élévation du vrai Arthur Fleck.

Le film est assez “dark” comme ça pour le filmer de nuit, comme le faisait Christopher Nolan au travers de ses films Batman. Une autre scène poignante vient souligner ce jeu astucieux de couleurs et de caméras : quand il tue sa mère, Arthur s’approche de la fenêtre et on voit un rayon de soleil qui l’amène à la lumière.

Il accepte l’idée de la folie en se débarrassant de sa mère et son humanité. Lui qui voulait “exister”, il peut désormais faire son “one man show” et enfin entrer dans la lumière !

Pour Sébastien Le Dude, le film donne à voir cette frontière plus que poreuse entre êtres “sain d’esprit” et une personne en proie à des démons INSURMONTABLE, car c’est bien là qu’est le propos ! Et oui, l’enfance difficile n’est pas évoquée en premier lieu pour expliquer son mal-être. Une démarche beaucoup trop “simpliste” qui justifierait trop “facilement” ces actes.

Sébastien Le Dude aime le rappeler, certains psychopathes ont eu des enfances normales. L’enfance compte, notre passé également, mais cela n’est pas “fataliste” à un état futur. Un sujet bien trop long à expliquer entre la part d’acquis, d’inné et du libre arbitre : une complexité mêlant sciences de l’humain et métaphysiques.

Ce qui est intéressant ce n’est pas d’expliquer la folie, mais de la “disséquer”. Sébastien Le Dude affirme que le film entraîne littéralement le spectateur à éprouver ce que ressent le Joker, et c’est là que réside le propos le plus puissant du long-métrage. A quel point nous sommes prêts à le suivre, à quel moment tel ou tel spectateur n’adhère plus à ses thèses. Bien des gens ont eu envie de continuer l’aventure avec le Joker, rester en empathie avec lui, malgré des faits de plus en plus évidents de troubles basculant peu à peu dans la terreur, l’obscurantisme et le fanatisme.

Cela pose la question de notre capacité, via nos émotions, à adhérer à des causes qui nous sembleraient en temps normal absurdes, dangereuses et contraire à nos valeurs. Nos sentiments sont parfois en contradiction avec nos émotions, et notre foi d’une manière générale. Foi en une personne, un groupe, une religion…


Et vous, à quel moment du film n’avez-vous plus adhéré à la folie du personnage ?


Joker : des messages à faire passer


Les messages cachés sont nombreux dans ce long-métrage. La révolution d’une société qui vit mal, un reflet de la folie du Joker, en est un premier. On peut facilement faire le rapprochement des pauvres contre les riches.

Le réalisateur nous montre le chaos dans les rues. Chaos, fruit d’une contestation d’une partie de la population. Mais quelle partie ? C’est la question à se poser. Le film n’y répond pas. Est-ce une volonté assumée ou une facilité scénaristique ? La définition du nombre et l’appui de la majorité du peuple à cette opposition permet de définir l’ampleur de l’influence du Joker dans cette ville de Gotham.

Sébastien Le Dude souligne que l’ampleur d’adhésion du peuple est un miroir du mal-être intérieur du Joker. C’est peut-être pour cela que nous n’avons pas d’indice sur cette amplitude. Elle reste insondable, trouble, amorphe et insaisissable. Cela rend flou autant la folie du Joker que la contestation du peuple. Ce dernier est une métaphore du spectateur, entraîné et encouragé à suivre jusqu’au bout le personnage dans sa métamorphose. Combien de spectateur sont contestataires au point de suivre aveuglément le Joker ? Evidemment, encore une fois, nous n’avons pas la réponse. Vous seul l’avez !!

Le Joker est un leader et anarchiste malgré lui d’un peuple en colère. L’hypocrisie des médias (à travers le personnage de Murray), des politiques, des riches, nous font amener à nous poser des questions sur notre société. Todd Phillips joue d’habiles retournements de situations pour nous faire croire que le méchant de l’histoire n’est peut-être pas le Joker. Mais peut-être des personnes qui ont du pouvoir, qui ont réussi, les riches comme Thomas Wayne, qu’on croit même être son père ! Sébastien Le Dude parle même d’un manichéisme criant que l’on retrouve dans bien des films hollywoodiens.

Mouvement révolutionnaire “Kill the rich” du JOKER

Nous ne comprenons pas à quel point il est malheureux, d’où il en est avec ces démons. Le flou est encore plus profond quand nous pensons qu’il reprend espoir, au travers de toutes ces hallucinations qu’il entretient et notamment les relations avec sa voisine. La désillusion en est d’autant plus terrible, et c’est fait exprès ! Le réalisateur joue avec nos nerfs et veut nous faire vivre ce que vie le protagoniste au quotidien. Un déroulement de déconvenues et de désillusions qui lui font perdre la réalité de vue, le sens commun. Parce que oui nous sommes tous fous au fond de nous-mêmes !

Et c’est dire ! Aux Etats-Unis, les forces de l’ordre attendaient même à la sortie des salles de cinéma pour éviter tout mouvement de foule après le visionnage du film, surtout pour les personnes plus faibles psychologiquement. Une action demandée suite à la fusillade d’Aurora en 2012.

L’idée n’est en rien de se dire qu’on est des Joker en devenir. Trop violent et ce serait de toute manière mal compris par la grande majorité du public ne cherchant pas le message en arrière-plan. Sébastien Le dude insiste sur le fait de ne pas surinterpréter les signes. La première moitié du film appelle notamment à la vigilance.


En quoi est-il un film indépendant ?


Un film qui s’émancipe de ce qu’on avait l’habitude de voir sur nos écrans ces dernières années dans l’univers DC Comics.
En effet, de nombreuses différences avec les Batman de Christopher Nolan ou encore “Batman vs Superman” de Zack Snyder, qui étaient beaucoup plus sombres et sinistres.

C’est avant tout un film artistique, d’une storyline d’un personnage complexe. L’univers n’est pas partagé (droits de Warner Bros) et donc complètement indépendant du DCEU (DC Comics Extended Universe), comme le voulait au départ Todd Phillips.

Il raconte sa propre histoire du Joker dans un décor poisseux de Gotham City. Une ville qui en dit long des conditions des plus pauvres et de la dure vie de la rue. Beaucoup plus coloré dans ce film, souvent filmé de jours, le film amène sa propre toile narrative.

Mais toujours utile que le film présente au fur et à mesure de son intrigue des personnages essentiels de l’univers en question, et en particulier la famille Wayne. Et oui ! Phillips n’arrête pas de nous “berner” : Arthur Fleck est-il le frère de Bruce ? Une question que nous n’arrêtons pas de nous poser constamment tout au long du film, et qui prouve une nouvelle fois que le scénario est bien ficelé.

Comme dans tous les films de la franchise, on assiste à la mort des Wayne et on comprend que leur mort est indirectement lié au Joker. Comme un symbole, quoi qu’il fasse, le Batman est connecté au Joker. Le pire ennemi de Batman est vraiment partout et certains diront que c’est lui qui a donné naissance au super héros. La noirceur et l’obscurité du Batman est la part d’ombre du Joker !! D’où la magnifique utilisation des liens de parenté entre les deux personnages dans le film pour conforter cette idée.


La fin du film : quelle interprétation ?


Du début à la fin on est dans la tête d’Arthur Fleck ! A travers le brillant jeu de caméra (contre-plongées, plans larges, personnage vu de dos…) et les nombreux délires et inventions que se fait le personnage, on ressent ses émotions. Des twists en veux-tu en voilà qui garde en éveil le spectateur et lui permet de rester accrocher au récit.

Le Joker a enfin réussi à “exister” et le dit lui-même, les gens “commencent à s’en rendre compte”. L’image forte qui décrit son ascension est bien évidemment celle où il se tient devant les révoltants et réalise ces pas de danse dont lui seul a le secret. Il est finalement devenu “quelqu’un” que tout le monde respecte !

La bande son est un élément important et monte crescendo au fil de l’évolution d’Arthur. Elle est d’autant plus importante à la fin. Au rythme de “That’s life” de Frank Sinatra, le Joker s’amuse, danse et s’éloigne en plein Arkham, dans un faisceau lumineux, encore une fois symbolique.

Cette scène finale pose beaucoup de questions. Et si toutes ces horreurs qui se sont passées dans le film ne serait pas sa dernière “blague” qu’on n’est pas capable de saisir. Ne serait-ce en fait qu’une préméditation de ce qui va arriver ? Ou même une simple vie rêvée par Arthur ?

JOKER : “I was thinking of a joke”

Plus de questions que de réponses, qui laisse parler l’imagination du spectateur. Pas vraiment de fin précise donc et c’est mieux comme ça : c’est ce qui fait le charme du film et le chef d’oeuvre de l’année 2019 !

Joker, un thriller que la rédac’ vous suggère de voir absolument si ce n’est pas déjà le cas !! C’est tout pour aujourd’hui. En espérant que cette analyse vous ai plu et vous a fait réfléchir sur le film. N’hésitez pas à partager votre point de vue et donner votre vision critique dans l’espace commentaire. On se revoit très vite ! A bientôt sur Luminews.fr !

Flo

Sébastien Le Dude


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