Les Beaux Vinyles de l’Oncle Phil – Berlin

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En ce beau début d’été 73, alors qu’il pénètre au Morgan Sudio de Londres, Lou Reed a une idée bien précise en tête.

Tout auréolé de gloire suite au formidable accueil de son dernier opus “Transformer” et de son titre phare “Walk on a wild side”, il a décidé de changer les codes ! Fini les textes qui se suivent sur des albums n’ayant ni queue ni tête.


Une autre conception du rock music


Lou veut un concept album. C’est Bob Ezrin, un jeune prodige du son qui le lui a suggéré : “J’aimerais bien savoir ce que deviennent les personnages de ta chanson Berlin sur ton premier album”. Ça tombe bien ! Depuis qu’il fréquente les cours d’écriture du poète autodestructeur Delmore Schwartz, qu’il vénère, Lou Reed a une autre vision de la Rock Music.

Il reprend donc les 2 amants de “Berlin” là où il les avait laissé, c’est-à-dire à Berlin Ouest, et en fera une histoire des plus sordides. Pour ce faire, il lui faut la crème des musiciens de l’époque. Bob Ezrin convoquera entre autres : Jack Bruce (ex Cream) à la basse, Steve Winwood à l’orgue, ainsi que Aynsley Dunbar aux drums. Il fait venir également deux pistoleros qui ont fait les requins sur le dernier Alice Cooper, Dick Wagner et Steve Hunter. Deux gâchettes, des pointures qui s’illustreront sur l’album live suivant “Rock ‘n’ Roll Animal”.

La pochette de l’album

Disons-le tout net, cet album est peut-être le plus froid, le plus triste, le plus sombre, le plus dépressif, voir le plus anxiogène de l’histoire du Rock, dans un climat interlope, noctambule, urbain. Tout au long de ces 10 titres, nous suivrons Jim et Caroline dans leur descente aux enfers. Il y sera question de drogue, de prostitution, d’enfants retirés de leur mère par les services sociaux, et in fine de suicide.


Un chef-d’œuvre aux thèmes tabous


Cette histoire démarre donc avec “Berlin”, sur une voix cafardeuse, suivie d’un piano chantant un happy birthday triste à souhait.

Puis “Lady Day” (hommage à Billie Holyday, cette immense chanteuse de Jazz bien connue pour ses addictions à l‘héroïne et autres drogues) nous présente Caroline qui, entendant de la musique, ne peut s’empêcher de rentrer dans ce bar pour chanter, puis rentrer dans sa chambre d’hôtel qu’elle appelle sa maison.

“Men of good fortune” oppose les gens riches (ou les drogués ?) aux pauvres qui ont “la chance” de n’avoir aucun héritage à gérer. Jim, lui, s’en fout de tout cela. “Caroline says 1” nous fait découvrir un Jim soumis, qui nomme Caroline comme sa “reine germanique”, tandis qu’elle lui signifie qu’il ne compte pas pour elle, et qu’elle peut lever n’importe quel mâle qu’elle souhaite. Dans “How do you think it feels”, Jim demande, sur un ton de reproche à Caroline ce qu’elle ressent à rester accro à l’héroïne durant plusieurs jours.

Chanson écrite en 1973 pour l’album “Berlin”

La face B s’ouvre avec un “Oh Jim !”. C’est la fin de leur amour. La haine s’installe dans le couple.

All your two-bit friends
Tes deux crétins d’amis
They’re shootin’ you up with pills
Ils t’ont shooté avec des pilules
They said that it was good for you
Ils te disaient que ce serait bien
That it would cure your ills
Que ça allait soigner tes maux
I don’t care just where it’s at
Je m’en fout de ce que c’est
I’m just like an alley cat
Je suis comme un chat de gouttière”


Puis c’est la violence qui prend le relais. Caroline est “si froide, qu’on la surnomme Alaska”.

Caroline says
Caroline parle
As she gets up from the floor
Comme elle se relève du sol
You can hit me all you want to
Tu peux me frapper autant que tu veux
But I don’t love you anymore
Mais je t’aimerais plus”


Avec “The Kids” on franchit une étape supplémentaire. C’est la descente aux enfers ! On a retiré à Caroline ses enfants car elle n’est pas une bonne mère, tandis que ceux-ci pleurent et crient “Mummy”.

La légende raconte que c’est Bob Ezrin lui-même qui enferma ses propres enfants dans le studio, leur faisant croire que leur mère était partie et qu’elle ne reviendrait pas !

“The bed” suit. Caroline s’est suicidé sur le lit de leurs ébats.

And this is the place where she cut her wrists
Et c’est l’endroit où elle s’est coupée les veines
That odd and fateful night
Cette étrange et fatidique nuit”


Même si Jim regrette cette situation, il n’est pas triste. L’album se termine sur “Sad song”. Jim feuillète un album photo, et évoque Mary, reine d’Ecosse, lorsqu’il regarde son portrait. Puis il se rassérène et se dit qu’un autre, à sa place, lui aurait déjà cassé les deux bras !


Berlin, un album maudit redevenu culte !


Voilà, fin de cette histoire d’amour destructeur, de haine, sur fond de drogue et de violence. A sa sortie, le célèbre critique du magazine Rolling Stone éreintera littéralement ce chef d’œuvre, en conseillant aux auditeurs de s’en prendre physiquement à Lou Reed !!! Le disque fila directement dans les bacs à sables.

Lou Reed, meurtri au plus profond de sa chair gardera une méfiance systématique envers les journalistes. Il faudra attendre des années avant que cet album ne prenne une place de choix au milieu de toute collection qui se respecte, devenant culte depuis.

“Berlin”, de l’album au film !

En 2006, Berlin sera joué en son intégralité à New York, avec des vidéos diffusées pendant le concert. C’est Emmanuelle Seigner qui jouait le rôle de Caroline. A noter que notre homme Lou était en plein divorce durant cette période.



Et maintenant, à vos casques et platines, pour découvrir ce Rock magnifique, élégant et subtil, empreint de tristesse et de noirceur. N’hésitez pas à utiliser l’espace commentaire juste en dessous de cette chronique pour partager votre avis et votre expérience musicale avec Lou Reed ou spécialement sur cet album. Si vous êtes fans de rock comme moi, nous pourrons échanger nos diverses points de vue sur le sujet. Sur ces belles paroles, je vous dis à bientôt et à très vite pour un prochain opus sur Luminews.fr !!!

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